Le service public en Côte d’Ivoire a souvent été vu comme un bureau. Chez Sita Ouattara, c’est une cour.
Elle n’a jamais compris le service public comme on l’enseigne à l’ENA. Elle l’a compris comme on l’apprend dans une grande famille malinké : servir, c’est s’abaisser pour élever l’autre.
- Le service public, ce n’est pas une fonction. C’est une dette.
Quand elle est devenue Maire de Gbéléban en 2018, elle n’est pas venue avec un programme. Elle est venue avec une dette envers sa terre. Gbéléban l’a vue naître, partir, revenir.
Être Maire, ce n’est pas un pouvoir qu’on prend. C’est plutôt une dette qu’on rembourse.
C’est pour ça justement qu’elle ne parle jamais de “mes administrés”. Elle dit “mes parents”. On ne sert pas des administrés. On honore ses parents. - Le bureau le plus important est sous l’arbre.
La plus grande révolution de Sita Ouattara, c’est le “Conseil Municipal sous l’arbre”.
Dans toutes les mairies, le service public est derrière un guichet vitré.
À Gbéléban, il est sous le manguier, sur une natte, avec un cahier d’écolier.
Elle a compris ce que beaucoup de technocrates ignorent : pour une femme qui n’a jamais mis les pieds à l’école, le bâtiment de la mairie est intimidant. C’est le lieu du pouvoir. L’arbre, lui, c’est le lieu de la palabre. De la confiance.
Le sens du service public, c’est d’aller là où le peuple est à l’aise, pas là où le maire est à l’aise. - L’argent public ne sert pas à construire des murs. Il sert à construire la confiance.
Avec le FAFCI (Fonds d’Appui aux Femmes de Côte d’Ivoire), la plupart ont vu un crédit. Sita a vu un contrat moral.
Elle ne donne pas 50 000 F. Elle dit : “Je te fais confiance pour 50 000 F.” Et pour une femme qui a passé sa vie à ce qu’on ne lui fasse pas confiance, cette phrase vaut plus que l’argent.
Résultat : 94% de taux de remboursement à Gbéléban. Le plus haut de Côte d’Ivoire. Pas parce que les femmes ont peur, mais Parce qu’elles ne veulent pas trahir Maman Sita.
C’est ça, le vrai sens du service public : transformer une subvention en dignité. - La vraie propreté n’est pas dans les rues. Elle est dans l’esprit.
“Gbéléban, la Coquette”, son slogan, a fait sourire au début. On pensait que c’était de la communication.
En réalité, c’est une philosophie de service public. Elle dit à chaque femme : “Si ta cour est propre, ta commune sera propre. Si tu te sens belle, ta ville sera belle.”
Elle a compris que le service public ne commence pas par le goudron. Il commence par l’estime de soi.
En clair, e pouvoir sert à servir.
Aujourd’hui, on parle de Sita Ouattara comme “sœur cadette du Chef de l’Etat”. C’est une erreur de lecture.
Son pouvoir ne vient pas de son nom. Son pouvoir vient du fait qu’elle a accepté de ne pas avoir de pouvoir. De s’asseoir plus bas que ses mamans pour mieux les écouter.
Le Prix d’Excellence 2026 n’a pas récompensé une Maire. Il a récompensé une définition africaine du service public : le chef n’est pas celui qui est au-dessus. C’est celui qui porte tout le monde sur son dos.
Et à Gbéléban, tout le monde sait qui les porte. C’est Hadja Sita Ouattara.
