SITA OUATTARA, LE COMBAT D’UNE FEMME, ou comment on devient Maire quand on est née pour être femme au foyer.

Ce n’est pas un combat politique. C’est un combat d’identité.

  1. LE PREMIER COMBAT : ÊTRE LÉGITIME QUAND ON EST “LA SOEUR DE”

Quand Sita arrive à Gbéléban en 2013, tout le monde dit : “C’est la sœur de…”
Elle aurait pu rester la Première Dame de la commune, couper les rubans, distribuer des pagnes le 8 mars.
Mais elle a choisi l’autre chemin : mettre les bottes et aller où aucun Maire n’allait.
Elle a dit : “Je ne veux pas être la sœur du Président Alassane Ouattara. Je veux être le Maire des femmes.”
Son premier combat était de se faire élire pour elle-même en 2018. Pas nommée mais élue par les femmes du marché, les jeunes sans emploi, les vieux qui voulaient de l’eau.

  1. LE DEUXIÈME COMBAT : L’EAU CONTRE LE FATALISME
    À Gbéléban, on disait : “Ici, il n’y aura jamais d’eau, c’est la montagne.”
    En 2013, le premier château d’eau sort de terre. On a dit : “C’est la chance.”
    En 2020, il y a le deuxième. On a dit : “C’est la politique.”
    En 2026, il y a le troisième. On a compris : “C’est Sita.”
    3 châteaux d’eau en 13 ans dans une commune où les femmes faisaient 7km avec 20 litres sur la tête. Ce n’est pas de l’hydraulique. C’est une révolution féministe. Quand l’eau arrive au robinet, la fille reste à l’école au lieu d’aller au marigot.
  2. LE TROISIÈME COMBAT : L’ÉCOLE CONTRE LE MARIAGE PRÉCOCE

Son arme n’est pas un discours. C’est un bâtiment qui porte le nom de sa mère : “Collège Moderne Hadja Nabintou Cissé.”

Elle savait que si on veut qu’une fille de 14 ans ne soit pas mariée à 15 ans, il faut qu’elle ait un banc à 14 ans et demi.
Résultat :

  • Maternelle Hadja Sita Ouattara : on garde les petites
  • Collège Hadja Nabintou : on garde les adolescentes
  • Bibliothèque numérique : on leur montre qu’il y a un monde après Gbéléban
  • 1500 kits scolaires : on enlève l’excuse “pas d’argent”
  • CFT : on donne un métier à celles qui ne veulent pas l’université
    152 filles qui restent. C’est 152 mariages précoces évités. C’est 152 Sita Ouattara en devenir.
  1. LE QUATRIÈME COMBAT : L’ARGENT DES FEMMES
    Les hommes avaient le coton, l’anacarde. Les femmes n’avaient rien.
    Le FAFCI. Pas une aumône. 3 ans, 0% ? Non. Un capital pour travailler.
    Aujourd’hui, les femmes du marché de Gbéléban qui ont reçu 50 000 FCFA en 2019 brassent 500 000 FCFA. Elles ne demandent plus à leur mari. Elles cotisent pour le collège.
    C’est ça le combat de Sita : transformer la femme qui demande en femme qui cotise.
  2. LE DERNIER COMBAT : FAIRE DE GBÉLÉBAN UNE DESTINATION, PAS UN CUL-DE-SAC
    Pont métallique de Kabala. Là où tout le monde voyait une frontière qui sépare, elle a vu un pont qui relie 2 pays en 48h. Tourisme transfrontalier, commerce, culture.
    Elle a transformé la commune la plus enclavée du Kabadougou en porte d’entrée de la Guinée.
    Au final, le combat de Sita Ouattara, ce n’est pas crier plus fort que les hommes.
    C’est construire là où les hommes ont dit “impossible”.
    Hadja Sita Ouattara n’a pas fait la politique. Elle a fait ce que les femmes font depuis toujours : prendre ce qu’on a, et faire en sorte que les enfants boivent, mangent, et aillent à l’école. Sauf qu’elle l’a fait à l’échelle d’une commune.
    Et c’est pour ça que le Prix d’Excellence 2026, ce n’est pas une récompense. C’est une reconnaissance : le développement le plus durable, c’est celui fait par une mère.