Entre performance de la BRVM et ajustements sur le terrain, la mise en œuvre de la Facture Normalisée Électronique illustre la dynamique de modernisation de l’économie ivoirienne.
La Côte d’Ivoire poursuit sa modernisation économique sur deux tableaux complémentaires.
D’un côté, la solidité de l’économie formelle se confirme. La BRVM s’apprête à voir deux de ses fleurons distribuer leurs dividendes: la SODECI à partir du 16 septembre et Vivo Energy pour plus de 6 milliards de FCFA le 25 septembre. Un signal de confiance pour les investisseurs.
De l’autre, l’administration fiscale avance sur un chantier majeur de sécurisation: la Facture Normalisée Électronique (FNE) et le Reçu Numérique Électronique (RNE), dont les contrôles ont débuté le 1er septembre conformément au communiqué de la DGI du 21 août 2026.
Une réforme à fort impact, qui nécessite de la pédagogie
La FNE, avec son QR code et sa signature électronique certifiée, vise trois objectifs clairs fixés par le gouvernement: garantir la traçabilité des transactions, sécuriser les recettes de l’État et simplifier les obligations comptables des entreprises.
Consciente de l’ampleur du changement, la Fédération Nationale des Acteurs du Commerce de Côte d’Ivoire (FENACCI), présidée par l’Honorable Soumahoro Farikou, a dans un communiqué du 31 août appelé à un temps de concertation supplémentaire.
Dans son plaidoyer, la FENACCI met en avant trois points légitimes:
- Le besoin d’accompagnement: Pour de nombreux commerçants, notamment au régime de l’entreprenant ou des micro-entreprises, l’usage de la plateforme web, de l’API ou des terminaux de paiement représente une nouvelle pratique qui nécessite formation et sensibilisation.
- Le contexte économique: La faîtière rappelle la fragilité des boutiques face à l’inflation des coûts logistiques mondiaux, soulignant que les commerçants ont déjà accompagné les efforts de résilience du gouvernement.
- La volonté de bien faire: L’appel à la suspension des contrôles n’est pas un refus de la réforme, mais une demande de sursis pour permettre une adhésion plus large et plus sereine. La DGI elle-même annonce déjà plus de 52 000 entreprises ayant adopté la FNE.
L’approche ivoirienne: la concertation comme méthode
Ce dialogue entre la DGI et la FENACCI est le signe d’une gouvernance économique mature. L’État fixe le cap de la modernisation et de la transparence, indispensable pour financer les grands projets, et le secteur privé fait remonter les réalités du terrain pour ajuster le rythme.
Loin d’une opposition, c’est une phase normale de toute grande réforme structurelle: l’administration propose, les acteurs s’approprient, et ensemble ils trouvent le bon tempo.
Le défi est désormais d’accélérer la formation et le déploiement des outils pour que la Côte d’Ivoire formelle qui brille à la BRVM et la Côte d’Ivoire des marchés avancent au même rythme, dans le cadre de la vision 2030 du Président Alassane Ouattara pour une administration zéro papier et une économie plus transparente.
Soro Fougnigue Zakaria
Analyste politique
