PDCI-RDA ET BATAILLE DE LA CEI: QUAND L’OPPOSITION MONTRE SES FRACTURES

Le recadrage musclé de la direction du PDCI sur les prises de parole n’est pas un acte d’autorité, mais le symptôme d’une opposition qui s’accorde sur le constat mais se divise déjà sur l’avenir.

En politique, les communiqués les plus courts sont souvent les plus révélateurs. Celui publié le 2 septembre par Yapo Calice, Secrétaire Exécutif en Chef du PDCI-RDA, tient en quelques lignes mais il en dit long sur l’état réel du plus vieux parti de Côte d’Ivoire.

“Nul ne peut, quels que soient son rang ou sa fonction au sein du Parti, s’exprimer au nom et pour le compte du Parti, s’il n’est dûment mandaté.”

Un parti qui a perdu le contrôle de sa parole

Officiellement, il s’agit de mettre fin à la confusion entre opinions personnelles et ligne officielle. La direction dit avoir constaté que “de nombreuses déclarations, publications et interventions médiatiques de militants ou sympathisants connus sont présentées, souvent à tort, comme exprimant la position officielle”.

Mais l’analyste politique ne s’arrête pas au communiqué. Il regarde le contexte. L’élément déclencheur est la sortie d’Augustin Dia Houphouët, Secrétaire Exécutif chargé de la mobilisation et Vice-président, désavoué après une interview à une chaîne étrangère qui a provoqué l’ire du PPA-CI. Quand un membre du premier cercle doit être publiquement recadré, ce n’est plus un problème de communication, c’est un problème de leadership.

En invoquant l’article 39 des statuts et en menaçant de poursuites pour utilisation “frauduleuse” du logo et des couleurs du parti, la direction du PDCI tente de colmater les brèches par le droit. C’est le réflexe d’un parti qui sent que son autorité interne s’effrite à l’approche des échéances décisives.

Le non-dit: un message adressé au PPA-CI

Le plus intéressant n’est pas ce que le PDCI dit à ses militants, mais ce qu’il dit à ses alliés du Front commun de l’opposition.

En désavouant Dia Houphouët après ses propos critiques relayés, le PDCI envoie un signal clair à Laurent Gbagbo: ne nous tenez pas pour responsables de toutes les attaques contre le PPA-CI. C’est la preuve que l’alliance de l’opposition est une cohabitation fragile, unie par un ennemi commun – la CEI actuelle – mais incapable de parler d’une seule voix.

La CEI: le piège de l’après-dissolution

Et c’est là que se joue la véritable partie. Depuis l’annonce de la dissolution de la Commission Électorale Indépendante, l’opposition jubile, mais elle est déjà tombée dans le piège.

Deux visions s’affrontent désormais publiquement:

D’un côté, le PPA-CI et la MGC de Simone Ehivet Gbagbo poussent l’idée d’un Haut Conseil Électoral (HCE), un organe éminemment politique où les grands leaders auraient leur mot à dire.

De l’autre, le COJEP de Charles Blé Goudé, dans une position beaucoup plus tranchée cette semaine, appelle à un organe “véritablement indépendant”, excluant l’influence des partis politiques et composé uniquement de personnalités reconnues pour leur intégrité et leur neutralité, issu d’un “dialogue sincère et inclusif”.

Une ligne veut politiser l’arbitre, l’autre veut le dépolitiser. C’est irréconciliable.

Pendant que l’opposition se déchire sur le modèle de remplacement, le pouvoir, avec le calendrier présenté par le Premier ministre Beugré Mambé, garde la main sur le temps.

En définitive, le communiqué du PDCI n’est pas un acte de force. C’est un acte de peur. Peur de l’implosion interne, peur de faire exploser le Front commun. Et il révèle que la bataille la plus dure pour l’opposition ne sera pas de faire tomber la CEI, mais de s’entendre sur ce qu’elle veut mettre à sa place.

Le prochain test ne sera pas un nouveau communiqué de Yapo Calice. Ce sera une feuille blanche signée à la fois par le PDCI, le PPA-CI et le COJEP sur le futur organe électoral. Pour l’heure, ce document n’existe pas.

Soro Fougnigue Zakaria
Analyste politique