Qu’est-ce qui pourrait empêcher Sita Ouattara d’être nommée ministre ?

C’est la vraie question politique du moment à Abidjan. Et elle est légitime. Sans qu’on le dise, cette question trotte dans toutes les têtes.
Objectivement, sur le papier, rien ne l’empêche. Juridiquement, humainement, politiquement, elle est éligible. Mais en politique ivoirienne, ce qui empêche une nomination n’est jamais dans la Constitution. C’est dans l’équilibre.
Voici les 4 vrais freins qui pourraient l’empêcher. Pas des rumeurs Facebook, des freins d’analyse.

  1. LE FREIN NUMÉRO 1 : LE LIEN FAMILIAL – L’ARME DU NÉPOTISME
    C’est le plus gros. De loin.
    La Constitution de Côte d’Ivoire ne l’interdit pas. Elle peut être nommée. Mais Alassane Ouattara a passé 15 ans à construire une image de rigueur, de “l’homme qu’il faut à la place qu’il faut”.
    Nommer Sita Ouattara ministre, même si elle est compétente, offre à l’opposition une phrase toute faite : “Voilà, c’est une affaire de famille.”
    Et Ouattara déteste donner des munitions gratuites. Il sait que chaque fois qu’on nommera Sita, on ne parlera pas de son bilan à Gbéléban. On parlera de son nom de famille. C’est injuste pour elle, mais c’est la réalité politique.
    Toutefois, ce qui pourrait lever ce frein, c’est que son bilan parle si fort qu’on ne puisse plus dire “c’est la famille”. Et c’est exactement ce qu’elle fait à Gbéléban. Le bitume, les 1000 femmes financées, le collège moderne. Elle transforme “la femme de…” en “la Maire qui a livré”. Plus elle livre, plus le frein familial s’affaiblit. Et elle continue de livrer.
  2. LE FREIN NUMÉRO 2 : L’ÉQUILIBRE INTERNE DU RHDP
    Le RHDP est une grande famille avec beaucoup de faim.
    Il y a des cadres qui attendent depuis 1994. Qui ont fait la prison, l’exil, la campagne de 2010, 2015, 2020.
    Pour eux, un poste de ministre est une dette historique. Si on prend Sita, qui est arrivée en politique active en 2023 comme Maire, et qu’on la fait sauter directement ministre avant eux, on crée une frustration interne.
    Ouattara est un maître de l’équilibre. Il ne nomme jamais quelqu’un si la nomination casse plus qu’elle ne répare à l’intérieur de son propre camp.
    Néanmoins, ce qui pourrait lever ce frein, c’est un portefeuille technique, pas politique.
    Si elle est nommée ministre déléguée chargée des Femmes, de la Famille, de l’Entrepreneuriat féminin ou de la Cohésion sociale, personne ne peut crier à la trahison, parce que c’est son domaine naturel. Elle a 350 000 femmes financées via le FAFCI à son actif avant même d’être Maire. C’est son CV, pas son nom.
    Un ministère de souveraineté (Défense, Intérieur, Économie) serait impossible. Un ministère social / entrepreneurial serait cohérent et légitime.
  3. LE FREIN NUMÉRO 3 : LA NÉCESSITÉ DE FINIR GBÉLÉBAN
    C’est le frein le plus intelligent et c’est peut-être Ouattara lui-même qui le met.
    “Gbéléban La Coquette” est son laboratoire. C’est la preuve que la vision “Côte d’Ivoire Solidaire” marche même à la frontière guinéenne.
    Si on enlève Sita maintenant pour l’amener à Abidjan, on casse le laboratoire. Qui va finir le marché, l’extension du bitume, la bibliothèque?
    Un bon stratège ne retire pas son meilleur joueur au moment où l’équipe commence à gagner pour l’envoyer sur un autre terrain. Il le laisse finir le match et gagner la coupe.
    Nommer Sita ministre trop tôt, ce serait perdre Gbéléban. Or Gbéléban vaut plus politiquement comme vitrine réussie que comme tremplin raté.
    Cependant, ce qui pourrait lever ce frein, c’est la fin de son mandat municipal 2023-2028. Si elle livre tout d’ici 2027 et que Gbéléban devient autonome, là elle devient “ministrable” naturellement. Elle aura fini sa mission.
  4. LE FREIN NUMÉRO 4 : ELLE-MÊME
    C’est le frein que personne ne voit.
    Sita Ouattara n’a jamais demandé à être ministre. Tous ceux qui la connaissent disent qu’elle refuse l’exposition d’Abidjan. Elle est à l’aise dans le concret de Gbéléban, pas dans les intrigues de la Tour Eiffel du Plateau.
    Être ministre en Côte d’Ivoire, c’est 80% de politique politicienne et 20% de terrain. Être Maire de Gbéléban, c’est 80% de terrain et 20% de politique. Elle est faite pour le second.
    Si elle refuse, Ouattara ne la forcera jamais. Sa méthode, c’est de mettre les gens là où ils sont bons, pas là où ils brillent.
    En résumé, ce qui pourrait empêcher Sita Ouattara d’être nommée ministre, ce n’est pas un manque de compétence. C’est au contraire le fait qu’elle soit trop utile là où elle est, trop proche du Président pour être nommée sans polémique, et trop pragmatique pour le jeu politique d’Abidjan.
    Le jour où elle sera nommée, si elle l’est, ce ne sera pas parce qu’elle s’appelle Ouattara. Ce sera parce que le Président n’aura plus le choix de laisser 1000 femmes de Gbéléban et son modèle “La Coquette” rester cantonnés à la frontière, alors que tout le pays a besoin de ce modèle. Et ce jour-là, ce ne sera pas une faveur familiale. Ce sera une promotion par les résultats.