La veille de la fête d’indépendance de la Côte d’Ivoire, c’est-à-dire le 06 août, est l’occasion pour le président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, d’adresser son traditionnel message à la Nation.
Cette adresse publique marque, d’une part, l’anniversaire de l’accession de la Côte d’Ivoire à la souveraineté internationale, le 7 août 1960.
D’autre part, c’est l’occasion de dresser un bilan des réalisations de l’année écoulée et de présenter les grands projets de développement pour le pays.
Enfin, c’est également l’occasion de proclamer des mesures à caractère social, économique ou institutionnel (comme des revalorisations salariales, des grâces présidentielles ou des orientations politiques importantes).
Au-delà de tout, néanmoins, ce message solennel vise, avant tout, à appeler tous les fils et filles de la Côte d’Ivoire au rassemblement autour des valeurs de la République, notamment à la paix, à l’unité et à la cohésion nationale.
Il est clair que dans le contexte socio-économique et politique actuel, le pays est confronté à plusieurs défis sociaux.
Toutefois, au regard de l’inclusion sociale et de l’équité qui constituent un axe majeur de la gouvernance du Président Alassane Ouattara, il est pertinent de s’interroger sur la situation des personnes en situation de handicap, qui comparées à nulles autres catégories sociales, ont des besoins spécifiques
L’expression « personne en situation de handicap » désigne un individu qui rencontre des obstacles dans son quotidien à cause d’un environnement non adapté. Ses équivalents, synonymes ou termes proches varient selon le contexte (médical, inclusif ou juridique).
Faire un bilan pour les personnes en situation de handicap 66 ans après l’indépendance permet de mesurer les progrès des droits humains, de vérifier l’accès réel à l’éducation, à l’emploi et à la santé, et d’évaluer si la croissance économique profite à tous les citoyens sans exclusion.
En Côte d’Ivoire, les personnes en situation de handicap (environ 468 000 recensées) font face à de grands défis d’inclusion sociale et économique. Malgré des lois et des efforts de l’État en matière d’emploi public et d’éducation spécialisée, la pauvreté, le manque d’accessibilité et le poids des préjugés persistent au quotidien.

Les types de handicap les plus fréquents sont les handicaps physiques et moteurs, suivis des handicaps auditifs et visuels.
Il y une série de constats que l’on peut faire à propos de cette catégorie sociale
Primo, en matière d’éducation et de formation, les enfants souffrant d’un handicap physique accèdent parfois aux écoles ordinaires, mais l’adaptation des bâtiments reste très limitée.
Il existe, cependant, des structures publiques spécialisées (comme l’École ivoirienne des sourds et l’INIPA pour les aveugles) dont les capacités d’accueil sont estimées à 150 places.
Par ailleurs, il existe des unités de formation intégrée qui aident à l’apprentissage de base, mais elles sont confrontées au manque de places face à la demande globale.
En matière d’insertion professionnelle, en dépit des vagues de recrutement dérogatoires organisées par la Fonction publique chaque année et des quotas légaux d’embauche fixés par le Code du travail pour le secteur privé, le constat général est qu’une forte proportion d’adultes en âge de travailler se trouve sans emploi stable ni revenus fixes, à cause du manque de parcours de recrutement adaptés dans les entreprises, ce qui freine leur autonomie financière.
Par conséquent, les personnes concernées comptent parmi les catégories sociales les plus vulnérables et les plus frappées par la précarité et l’exclusion économique.
Un des pendants de ce défi, c’est l’accès à l’information publique qui reste fortement limité.
En réalité, beaucoup de personnes en situation de handicap vivent en marge des opportunités faute d’informations et de moyens de communication adaptés, le tout conduisant à la stigmatisation.
En sus de l’accessibilité économique et professionnelle, le second défi auquel elles doivent faire face est l’accessibilité physique, en raison de l’absence de dispositifs pour l’accès aux transports en commun, à plusieurs bâtiments publics et espaces de loisirs.

Au titre de l’éducation et la santé, on constate un manque criant de structures. A titre d’exemple, on ne compte que deux (2) centres spécialisés à Abidjan : INIPA pour aveugles et l’Ecole ivoirienne pour les sourds (ECIS).
Eu égard à tout ce qui a été évoqué en haut, l’Etat peut prendre des mesures spécifiques pour une meilleure insertion.
Néanmoins, localement, trois (3) pistes d’action peuvent être suggérées :
D’abord, il y a lieu de sensibiliser sur les quotas d’embauche et le Fonds d’insertion pour les Personnes en situation de handicap (IPPSH) aux entreprises
Ensuite, il faut rendre accessibles les espaces publics, notamment les rampes à la mairie, école, centre de santé
Enfin, il y a un urgent besoin d’intensifier la sensibilisation pour bannir la marginalisation, en vue de changer e regard de la société.
Bref, contrairement à certains pays, la Côte d’Ivoire est passée d’une politique d’assistance à une politique d’inclusion et de quotas avec des résultats mesurables. Cependant, le chemin est encore long sur l’école, l’insertion professionnelle, l’accessibilité et la lutte contre les stéréotypes.
OUSSOU Kouamé Rémi
Enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara-Bouaké
Expert en développement professionnel
Expert analyste socio-économique et politique
