HADJA SITA OUATTARA, UN DESTIN NATIONAL

Il y a des destins qui commencent à Abidjan. Le sien a commencé à 600 km d’Abidjan, là où la route s’arrête.
Gbéléban n’était pas une commune sur la carte. C’était un point. Un point lointain près de la Guinée, où la République arrivait en retard. Pas d’eau. Pas de marché couvert. Une piste de 38 km qui prenait 3 heures.
C’est là qu’une femme a décidé de ne pas être l’ombre d’un grand nom. Mais la lumière d’un petit village.

Premier chapitre : La Rupture.
Quand Hadja Sita Ouattara arrive à Gbéléban en 2018, elle n’arrive pas en tant que sœur du Président. Elle arrive en tant que Maire.
Dans un pays où 98% des maires sont des hommes. Dans le Nord, où une femme qui commande est encore une exception, elle aurait pu administrer à distance. Envoyer des représentants. Faire comme les autres : gérer Gbéléban depuis Abidjan.
Mais, elle a fait l’inverse. Elle a déménagé le pouvoir à Gbéléban. Elle a mis son boubou, elle a pris son balai, et elle a dit : “On commence à 6h du matin.”

Deuxième chapitre : La Méthode Sita.

Les autres promettent des ponts, des goudrons, des milliards. Elle, elle a promis trois choses que personne n’avait jamais promises à Gbéléban :

  1. Une ville propre. “Gbéléban, la Coquette”. Elle a créé “Samedi Gbéléban Propre”. Elle-même devant, avec son balai. Résultat : en 6 mois, elle a fait de Gbéléban la ville la plus propre du Kabadougou.
  2. Des femmes qui savent compter. Elle n’a pas distribué l’argent. Elle a distribué le FAFCI. 2500 femmes. 100 000 F chacune. Mais avant l’argent : 3 mois de cahiers. Lire, écrire, compter. Taux de remboursement : 94%. Du jamais vu en Côte d’Ivoire!
  3. Un marché qui est une maison. Pas un hangar. Un marché avec maternité à côté, avec eau potable, avec toit. Parce qu’elle a dit : “Une femme qui vend au soleil ne peut pas éduquer son enfant.”
    C’est ça, la Méthode Sita : pas de grands discours. Des petites victoires qui changent une vie.

Troisième chapitre : Le Destin National.

Aujourd’hui, Gbéléban n’est plus un point sur la carte. C’est une preuve. La preuve que quand on confie une commune à une femme, elle ne construit pas des bâtiments. Elle construit des familles.
La preuve que la décentralisation ne marche que si le maire habite sa commune.
La preuve que le Nord n’est pas une charge pour Abidjan, mais une richesse quand on forme ses femmes.
On parle de 2030. De la Côte d’Ivoire émergente. Mais l’émergence ne viendra pas des gratte-ciels du Plateau. Elle viendra de 201 communes comme Gbéléban. Propres. Alphabétisées. Gérées par des femmes de valeur.
Hadja Sita Ouattara n’a pas eu un destin national parce qu’elle est née dans une grande famille. Elle a un destin national parce qu’elle a choisi la plus petite commune de Côte d’Ivoire pour montrer comment on doit diriger la plus grande.
De Touba à Abidjan, de Gbéléban à Bouaké, une nouvelle génération de femmes regarde. Et elles ne disent plus : “Je veux être comme les hommes.”
Elles disent : “Je veux être comme Sita Ouattara.”