Il était une fois, dans une petite ville que personne ne mettait sur la carte, une femme qu’on pensait connaître parce qu’on connaissait son nom.
On disait : “C’est la sœur du Président.”
Elle répondait : “Je suis la fille de Gbéléban.”
On disait : “Elle a tout eu facilement.”
Personne n’avait vu ses nuits.
ACTE I : LE COMBAT INTÉRIEUR
Le plus grand combat de Sita Ouattara n’a jamais été politique. Il a été intime.
Comment exister quand on porte un nom qui écrase ? Comment dire “je” quand tout le monde dit “vous êtes la sœur de…” ?
Beaucoup de femmes dans sa position auraient choisi l’ombre dorée d’Abidjan, Les réceptions, les ONG de prestige, les photos avec les ambassadeurs.
Elle, elle a choisi la lumière brûlante de Gbéléban, parce qu’elle savait une chose que les autres ignoraient : un nom ne te donne pas une légitimité. Seule la terre te la donne.
Son combat, c’était de se faire un prénom. Et elle l’a trouvé : Maman.
ACTE II : LE COMBAT CONTRE L’OUBLI
Quand elle est arrivée à la mairie en 2018, Gbéléban était une commune oubliée. Pas de route, pas d’eau courante dans plusieurs quartiers, des femmes qui parcouraient des kilomètres pour vendre 3 kilos de mangues.
On lui a dit : “Tu n’as pas de budget.”
Elle a répondu : “J’ai des femmes.”
Elle a pris le FAFCI, ce petit fonds que tout le monde distribuait comme de la charité, et elle en a fait une arme. 50 000 F n’est pas un prêt. C’est un capital de confiance.
Elle a inventé le “Cahier sous l’arbre”. Pas d’ordinateur, pas de banque, seulement un cahier, un stylo, et la parole donnée. Et les femmes ont remboursé à 94%. Parce qu’on ne rembourse pas une banque. On ne trahit pas une mère qui croit en vous.
Son combat, c’était de prouver qu’une commune pauvre n’est pas une commune sans richesse. La richesse était là : dans les mains de ses mamans.
ACTE III : LE COMBAT CONTRE L’IMAGE
On voulait qu’elle soit une dame en tailleur, qui coupe des rubans.
Elle a choisi la tenue locale, les pieds dans la poussière, le balai à la main pour “Gbéléban, la Coquette”.
On lui disait : “Un maire ne balaie pas.”
Elle disait : “Une mère ne laisse pas sa cour sale.”
Elle a compris que le plus grand combat d’une femme leader en Afrique, ce n’est pas contre les hommes. C’est contre l’image que les hommes ont de ce que doit être une femme leader: froide, distante, dure.
Elle a imposé une autre image : la douceur comme force, l’écoute comme stratégie, la maternité comme gouvernance.
Et ça a marché. Parce que les femmes de Gbéléban ne voulaient pas d’un chef, elles voulaient d’une grande sœur qui avait réussi et qui revenait les chercher.
ÉPILOGUE : LE PRIX
Quand elle a reçu le Prix d’Excellence, 2026, des mains de l’Etat, elle n’a pas pleuré pour elle. Elle a pleuré pour elles.
Elle a dit : “Ce prix n’est pas pour moi. Il est pour la femme de Gbéléban qui s’est levée à 4h du matin pour aller au champ, qui a remboursé son crédit, et qui a scolarisé sa fille.”
Il était une fois, une femme qui a compris que le plus beau combat n’est pas celui qu’on mène pour être grande. C’est celui qu’on mène pour que les autres ne se sentent plus petites.
Cette femme, c’est Sita Ouattara. Et son combat continue. Avec nous!
