Rappel historique : des limites coloniales à une frontière internationale.
La frontière entre la Côte d’Ivoire et le Mali s’étend sur environ 532 à 599 kilomètres. Elle trouve son origine à l’époque coloniale, au sein de l’Afrique occidentale française (AOF). Les colonies du Soudan français (futur Mali) et de Côte d’Ivoire ont été intégrées à la fédération de l’AOF dès 1895. Des décrets, notamment celui du 17 octobre 1899, ont transféré certaines circonscriptions et fixé progressivement les limites administratives.
À l’indépendance en 1960, cette ligne administrative est devenue une frontière internationale. Cependant, elle n’a jamais été pleinement délimitée ni matérialisée sur le terrain, à l’exception des portions suivant des cours d’eau (qui représentent environ les trois quarts de son tracé). Cette situation a longtemps laissé place à des ambiguïtés.
Pourquoi cette délimitation était-elle nécessaire ?
L’absence d’un tracé définitif et d’un bornage a généré, pendant des décennies, des conflits fonciers récurrents entre communautés, des tensions entre agriculteurs et éleveurs lors des transhumances, et des difficultés de gestion des flux migratoires.
Dans un contexte sous-régional marqué par l’insécurité au Sahel depuis 2012, une frontière claire est devenue un impératif de sécurité nationale pour les deux pays. Elle vise également à transformer les zones frontalières en espaces de paix, de solidarité et d’opportunités économiques, plutôt qu’en sources de méfiance ou de division. Les autorités des deux États ont ainsi confié à leurs experts la mission de définir clairement cette ligne pour offrir aux générations futures un espace de stabilité.
Comment le processus s’est-il déroulé ?
Le travail de matérialisation s’est accéléré ces dernières années. Une Commission technique mixte de matérialisation de la frontière commune a été mise en place. Depuis environ quatre ans, les deux pays collaborent méthodiquement.
En juin 2026, un consensus avait déjà été atteint sur plus de 90 % du tracé. Une mission conjointe de reconnaissance technique a ensuite été menée du 12 au 19 avril 2026 dans la zone stratégique de Pogo-Zégoua.
La quatrième réunion de la Commission technique mixte s’est tenue à Bamako du 21 au 25 août 2026. Pendant cinq jours d’échanges techniques intensifs, les experts ivoiriens et maliens ont analysé les résultats de la mission d’avril, validé le tracé définitif et approuvé le schéma du canevas de base (document de référence pour les futures opérations de démarcation et d’installation de bornes).
Quel est le résultat et quelles sont les prochaines étapes ?
Le résultat est historique : adoption consensuelle du tracé définitif de la frontière et validation de l’avant-projet de Traité de délimitation.
Ce document technique pose les bases d’une gouvernance concertée des frontières. La signature officielle du Traité par les deux gouvernements est attendue d’ici la fin de l’année 2026. Elle sera suivie du déploiement sur le terrain du canevas de base et du début des travaux concrets d’abornement (installation physique des bornes).
Au-delà de la ligne géographique, cet accord envoie un signal fort de maturité diplomatique et de coopération. Il transforme une frontière longtemps floue en un instrument de paix, d’intégration régionale et de développement durable au bénéfice direct des populations locales des deux côtés.
Cette avancée illustre la capacité de la Côte d’Ivoire et du Mali à privilégier le dialogue et la méthode pour résoudre des questions sensibles héritées de l’histoire coloniale
Soro Fougnigue Fakaria
Analyste politique
