Barry Callebaut ne triple pas par hasard. La Côte d’Ivoire va passer de 1,155 million à 1,344 million tonnes de capacité de broyage en 2026-2027, et le Suisse est au coeur de ce saut.
Pour comprendre les retombées, il faut partir de la réalité : on produit 2 millions de tonnes mais on ne transformait que 650 000 tonnes l’an dernier, soit 30%. Le reste partait brut. Barry Callebaut, Cargill, Olam transforment déjà chacun 100 000 à 200 000 tonnes ici. Tripler, c’est passer du broyage simple au “pays du chocolat” comme le disait déjà le groupe en 2018.
Voici les 5 retombées concrètes :
- Économique : On garde la valeur ajoutée à la maison
Actuellement 1 tonne de fèves = ∼2000 USD. 1 tonne de beurre + poudre = ∼5000 USD. 1 tonne de chocolat couverture = 8000 USD.
- Avec DUS différencié (13,2% sur la masse, 11% sur beurre vs 14,6% normal), l’État incite, mais il récupère plus de TVA, IS, et surtout il réduit notre exposition au prix mondial.
- Objectif gouvernement : 50% de broyage local d’ici 2030. On y est presque. e6c7
- Emploi : Peu de directs, beaucoup d’indirects
Historiquement l’extension San Pedro 30M€ = 45 emplois directs créés seulement. Ne t’attends pas à 10 000 emplois d’usine.
Le vrai job est dans la chaîne : 1 million de petites plantations familiales, coopératives certifiées Rainforest, transport, stockage (comme Transcao 160 000 tonnes d’entrepôt). Chaque 1000 tonnes supplémentaires sécurise ∼3000 planteurs. - Social : Le test “Forever Chocolate”
Barry a promis sortir 500 000 planteurs de la pauvreté, éradiquer travail des enfants avec son système CLMRS (91% des groupements surveillés, 41 000 cas suivis). Si triplement se fait avec achat direct aux coopératives comme il l’a fait en doublant ses achats directs, c’est du revenu garanti. Si c’est juste broyage d’export, c’est un effet d’enclave. 14e57b77 - Pour les PME ivoiriennes : Menace ou inspiration?
Le modèle des jumeaux Diakité à Divo – 36 000 tonnes, objectif 80 000 tonnes, tablettes et pâte à tartiner made in Côte d’Ivoire – montre que la deuxième et troisième transformation (poudre petit-dej, tablettes) reste vide : sur 52 opérateurs, un seul industriel (Cémoi) en 2024.
Barry peut devenir fournisseur de couverture pour ces PME, ou les écraser. Tout dépendra du transfert via l’Académie du Chocolat et le centre de formation d’Akoupé-Zeudji. - Risque stratégique :
Plus on transforme, plus on consomme d’énergie, d’eau. Et si demain le “chocolat de substitution” (huile de palme + arômes) explose, la demande de vraie fève chute. L’Agence ODD alerte déjà le Conseil Café-Cacao là-dessus.
En 2 phrases, Barry qui triple, c’est la preuve que la politique de Gon Coulibaly en 2018 “la Côte d’Ivoire offre d’excellentes conditions pour la transformation locale” a marché.
Mais le vrai combat n’est plus le broyage – on est déjà leaders mondiaux avec les Pays-Bas – c’est : est-ce que ce chocolat reviendra en tablette à Bonon à un prix qu’un nouveau majeur de 18 ans peut acheter? Telle est la question qu’il va falloir résoudre.
