L’héritage de Sita Ouattara

L’héritage de Sita Ouattara ne se mesurera pas en bâtiments. Il se mesurera en cahiers.


Quand elle est arrivée à Gbéléban, la mairie était une salle vide. Quand elle partira — que ce soit dans 2 ans ou dans 10 ans, à Touba, à Abidjan comme Ministre, ou à la retraite — voici ce qui restera et que personne ne pourra effacer :

  1. L’héritage du cahier
    Avant elle, une femme de 60 ans à Gbéléban ne savait pas écrire son nom. Elle mettait son empreinte pour toucher de l’argent.
    Aujourd’hui, cette même femme a un cahier où elle note : 5 000F prêt, 1 000F remboursement, 2 000F bénéfice tomate.
    C’est ça l’héritage le plus dangereux contre la pauvreté : elle a appris aux femmes que le savoir n’est pas à l’école, il est dans le commerce.
    On peut fermer une école. On ne peut pas fermer un cahier qui est dans la tête d’une femme.
  2. L’héritage du balai
    “Gbéléban, la Coquette” n’était pas une campagne de propreté. C’était une leçon de dignité.
    Elle a dit aux femmes : “Votre ville est votre maison. Si votre maison est sale, personne ne vous respectera.”
    Elle a pris un balai elle-même le premier samedi. Les ministres ne prennent pas de balai. Les mères oui.
    Résultat : aujourd’hui, même les enfants grondent un adulte qui jette un sachet. Cet automatisme restera 20 ans après elle.
    *C’est le seul maire de Côte d’Ivoire qui a transformé un balai en institution municipale.
  3. L’héritage du remboursement
    FAFCI existait avant elle partout en Côte d’Ivoire. Mais à Gbéléban, le taux de remboursement est de 94%.
    Pourquoi ? Simplement parce qu’elle n’a pas distribué de l’argent. Elle a distribué de la confiance avec une dette morale : “Si tu ne rembourses pas, ta sœur n’aura pas de prêt.”
    Elle a créé un système où l’honneur vaut plus que l’argent. Dans le Nord, l’honneur est la vraie banque centrale.
    Cet héritage financier vaut plus que n’importe quel goudron : les femmes de Gbéléban sont aujourd’hui bankables.
  4. L’héritage politique le plus subtil
    Elle a prouvé une équation que personne n’avait prouvée dans le Bafing : Femme + Mère + Sans clan + Sans argent de campagne = peut gagner et peut gérer mieux que les hommes.
    Avant elle, pour être maire il fallait être un grand boubou, un grand nom, un grand réseau à Abidjan.
    Elle a gagné avec un pagne, un sourire de maman, et la parole des femmes.
    Son héritage pour les 1 000 petites filles de Gbéléban : “Vous n’avez pas besoin de devenir un homme pour diriger. Restez femme. C’est votre force.”