Comment lutter contre la cherté de la vie en Côte d’Ivoire

La vie chère en Côte d’Ivoire, ce n’est pas une fatalité. C’est un problème de circuit. On a coupé le court pour prendre le long qui coûte cher.
Si on veut vraiment la combattre, il faut arrêter de subventionner le prix et commencer à subventionner la production. Voilà le vrai bout.

  1. POURQUOI TOUT EST CHER? 3 VÉRITÉS QUI FÂCHENT

Vérité 1 : On importe ce qu’on peut produire.
On est premier producteur mondial de cacao, mais on importe du chocolat. On produit de l’huile de palme, mais on importe de l’huile de cuisson d’Indonésie. 60% de notre riz est importé d’Asie alors qu’on a de l’eau et de la terre à Gagnoa et à Gbéléban. Chaque sac de riz importé, c’est 20 000 FCFA qui sortent du pays.
Vérité 2 : Le transport mange l’argent.
Une tomate produite à Sinématiali vaut 100 FCFA au champ. Elle arrive à Abidjan à 500 FCFA. Pourquoi? Pas à cause du paysan. À cause des 15 barrages, des pistes pourries, des 3 intermédiaires. Le transport, c’est 40% du prix de la nourriture.
Vérité 3 : On a 2 prix : le prix d’Abidjan et le prix du reste de la Côte d’Ivoire.
Tout est centralisé à Abidjan. Le commerçant de Zouanhounien vient acheter son stock à Adjamé, paie le transport aller-retour, et revient vendre plus cher. Normal.

  1. COMMENT ON CASSE LA VIE CHÈRE? 4 SOLUTIONS DE TERRAIN, PAS DE BUREAU

-SOLUTION 1 : LE RIZ DE GBÉLÉBAN POUR ABIDJAN (Re-localiser)
On arrête le discours “autosuffisance en riz en 2030”. On fait simple.
Prends la région du Kabadougou, du Bafing, du Woroba. On a des bas-fonds partout et de l’eau toute l’année.

  • L’État donne 1 tracteur pour 10 villages, pas 1 tracteur pour 1 coopérative qui le garde.
  • On installe 1 mini-rizerie à Gbéléban, à Touba, à Madinani pour juste décortiquer et mettre en sac 25 kg.
  • On signe un contrat : l’État achète tout le riz local à 400 FCFA/kg garanti pour les cantines scolaires et l’armée.
    Résultat: Le paysan est sûr de vendre, il produit plus. Le sac de riz local passe de 25 000 à 15 000 à Abidjan parce qu’il n’a pas traversé l’océan. On garde les devises. C’est 200 milliards économisés par an.
    C’est ce qu’a fait le Vietnam en 10 ans. Ils étaient importateurs. Maintenant ils nous vendent du riz.
    -SOLUTION 2 : LE MARCHÉ DE GROS À 50 KM DU CHAMP DU PRODUCTEUR (Casser les intermédiaires)
    Aujourd’hui, pour que la banane de Soubré arrive à Abidjan, elle passe par 4 personnes.
    Demain, il faudra créer:
  • 5 grands marchés de gros réfrigérés : 1 à Bouaké, 1 à Yamoussoukro, 1 à Korhogo, 1 à Daloa, 1 à Abengourou.
  • Le paysan vend directement au marché de gros, au prix affiché.
  • Les camions frigorifiques: Les camions de SOTRA-Alimentation font la navette vers Abidjan chaque nuit.
    Ainsi, on coupe 2 intermédiaires. Le prix de la tomate chute de 40% mécaniquement. Et elle ne pourrit plus.
    -SOLUTION 3 : LA BOUTIQUE TÉMOIN DANS CHAQUE COMMUNE (Bloquer la spéculation)
    À Gbéléban, Sita Ouattara l’a compris. Quand elle stabilise les femmes avec le FAFCI, elle stabilise les prix.
    On pourrait généraliser si la mairie ouvrait, dans chaque commune, 1 boutique témoin: “Prix Coûtant Mairie”.
  • Huile, riz, sucre, tomate concentrée achetés en gros par la mairie et vendues avec seulement 10% de marge, pas 100%.
  • Pas pour tout le monde. Juste pour montrer le vrai prix. Quand le boutiquier du quartier voit que la mairie vend l’huile à 1 100, il ne peut plus la vendre à 1 800.
    Une telle stratégie ne coûte rien à l’État. C’est juste une boutique qui casse le monopole des grossistes d’Adjamé.
    -SOLUTION 4 : LE SALAIRE QUI SUIT LA SAISON (Le vrai pouvoir d’achat)
    Le problème n’est pas que le sac de riz est à 25 000. C’est que le vigile est à 80 000 et le riz est à 25 000. Il lui reste 55 000 pour tout le mois.
    Alors, deux actions s’imposent:
  • Payer les journaliers à la semaine par Mobile Money. Quand on est payé par mois, on emprunte à 50% d’intérêt les 3 dernières semaines. Quand on est payé à la semaine, on ne va pas chez l’usurier.
  • Cantine d’entreprise obligatoire pour les entreprises de plus de 20 personnes. Un plat chaud à 500 FCFA au lieu de 1 500 dehors. C’est 20 000 FCFA économisés par mois pour l’employé. C’est une augmentation de salaire déguisée qui ne coûte presque rien à l’entreprise.
    En fin de compte, la vie chère ne se combat pas nécessairement avec des contrôles de prix si inopinés soient-ils, car faire la police des prix à Abidjan, c’est comme si on mettait un pansement sur une jambe cassée d’autant que le commerçant va cacher son stock. Ce qu’il y a lieu de faire, c’est de mettre des camions à disposition et d’ouvrir des usines.
    En définitive, le vrai combat, c’est :
    -1 camion qui roule bien de l’intérieur du pays à Abidjan vaut plus que 10 inspecteurs de prix à Adjamé.
    -1 petite usine d’huile à Touba vaut plus que 5 subventions sur l’huile importée.
    -1 femme FAFCI qui produit et vend localement vaut plus que 10 discours sur la cherté.
    La vie chère, on ne la subit pas. On la produit localement ou on continue à l’importer.