SITA OUATTARA ET LE VIVRE-ENSEMBLE

En Côte d’Ivoire, le vivre-ensemble est devenu un slogan. On le met sur les banderoles : “Vivre-ensemble”. On fait un séminaire, on prend les per diem, on rentre chez nous.
À Gbéléban, Sita Ouattara a fait l’inverse. Elle n’a jamais fait de discours sur le vivre-ensemble. Elle a construit les endroits où le vivre-ensemble est obligé de se produire. Et c’est pour ça que ça marche.

  1. SA MÉTHODE : LE VIVRE-ENSEMBLE NE SE DÉCRÈTE PAS, IL SE PARTAGE
    Le vivre-ensemble c’est quoi? C’est quand un Malinké, un Guinéen, un Burkinabè et un Sénoufo sont obligés de se parler parce qu’ils ont un intérêt commun.
    Avant Sita, à Gbéléban, chacun dans son campement.
    Après Sita:
    a) Les fonds du FAFCI ont mélangé les ethnies dans l’argent.
    Quand elle donne 100 Millions à 1000 femmes, elle ne demande pas : “Tu es RHDP? Tu es Malinké d’abord? Tu es venue de Guinée?” Elle met dans le même groupe de garantie solidaire : une femme malinké, une femme de la frontière guinéenne, une femme d’Odienné venue par mariage. Si une ne rembourse pas, les autres paient.
    Résultat : elles sont obligées de se surveiller, de se parler, de s’entraider. L’argent a créé la fraternité que les discours n’ont jamais pu créer. C’est ça, le vrai vivre-ensemble. Ce n’est pas de la théorie, c’est la dette commune qui devient confiance commune.
    b) Le collège a mélangé les enfants dans l’avenir.
    Avant, l’enfant du hameau guinéen n’allait pas à l’école. L’enfant du centre-ville oui. Deux enfances, deux Côte d’Ivoire.
    Avec le collège moderne de Gbéléban, tous les enfants portent le même uniforme, s’assoient sur le même banc. Le fils du grand commerçant et le fils du petit paysan guinéen apprennent la même dictée.
    Dans 10 ans, ils ne se souviendront plus qui était étranger. Ils se souviendront : “On était au collège ensemble”. Le vivre-ensemble le plus fort, c’est le souvenir d’école commun.
    c) Le bitume a mélangé les marchés dans la poussière.
    7 km de bitume. Ça paraît petit à Abidjan. Mais à Gbéléban, c’est la rue où tout le monde passe. Le jour du marché, le commerçant guinéen qui vient vendre ses tissus, la femme burkinabè qui vend ses condiments, le jeune malien qui répare les motos, tous utilisent la même route.
    Avant, chacun restait sur sa piste mais maintenant, la même poussière ne colle plus. C’est la même route propre. Quand on marche sur la même route, on finit par se saluer.
  2. POURQUOI SA VERSION DU VIVRE-ENSEMBLE EST DIFFÉRENTE?
    Il y a deux sortes de vivre-ensemble en Côte d’Ivoire.
  3. Le vivre-ensemble d’Abidjan.
    On se tolère. “Toi tu es là-bas, moi je suis ici, on ne se casse pas”. C’est de la tolérance froide. Ça explose à la première élection.
  4. Le vivre-ensemble de Gbéléban par Sita. On se mélange par besoin. “J’ai besoin de toi pour que mon groupe FAFCI réussisse. J’ai besoin de toi pour que mon enfant ait un camarade de classe. J’ai besoin de toi pour que mon marché soit plein.”
    C’est la meilleure leçon qu’on puisse tirer du vivre-ensemble : On ne rassemble pas les gens avec des mots. On les rassemble avec un projet où chacun gagne.
    Elle n’a jamais dit “Aimons-nous”. Elle a dit “Travaillons ensemble pour que Gbéléban la coquette soit coquette pour tout le monde”. Et l’amour est venu après le travail.
  5. LA PORTÉE NATIONALE : GBÉLÉBAN EST UN LABORATOIRE POUR LA CÔTE D’IVOIRE
    La Côte d’Ivoire va avoir 32 millions d’habitants en 2030, dont 40% d’origine étrangère ou mixte. Si on ne réussit pas le vivre-ensemble à Gbéléban, qui est à 200 mètres de la Guinée, on ne le réussira jamais à Abobo ou à Yopougon.
    Ce que Sita montre à la Côte d’Ivoire entière, c’est :
  6. Le vivre-ensemble n’a pas besoin de budget, il a besoin de justice. Quand le FAFCI est donné justement, sans tri ethnique, les femmes le sentent et elles font la paix.
  7. Le vivre-ensemble n’a pas besoin de pardon demandé, il a besoin d’avenir partagé. Les enfants qui vont au même collège n’ont pas besoin de se pardonner le passé. Ils ont un avenir commun à construire.
  8. Le vivre-ensemble est féminin. Ce sont les femmes du FAFCI, pas les hommes politiques, qui maintiennent la paix à Gbéléban. Parce que quand une femme guinéenne et une femme ivoirienne remboursent ensemble un crédit, elles ne laisseront pas leurs maris se battre pour la politique.
    En conclusion, Sita Ouattara ne fait pas la promotion du vivre-ensemble ni ne le prêche. Elle le construit en parpaings.
    Elle a compris que le vivre-ensemble ne se promeut pas comme une marque de pagne. Il se construit comme une maison : une brique d’école, une brique de crédit, une brique de route. Et à la fin, tout le monde veut habiter dedans.
    C’est pour ça qu’à Gbéléban, le jour de la fête de l’indépendance, tu vois le drapeau ivoirien et le drapeau guinéen flotter côte à côte sans que personne ne trouve ça bizarre. Parce que la route qui les sépare est maintenant bitumée. Et sur une route bitumée, on avance ensemble.