Textile : Le grand réveil industriel de la Côte d’Ivoire

La Côte d’Ivoire relance son industrie textile pour transformer localement sa grande production de coton et devenir un hub régional

Shanghai, mardi 25 août 2026. Alors que la Côte d’Ivoire produit chaque année des centaines de milliers de tonnes de “l’or blanc”, plus de 90 % de cette production quitte encore le pays à l’état brut. Pour inverser cette réalité et reconstruire une industrie textile capable de créer de la valeur et des emplois durables, Abidjan a signé un accord stratégique majeur avec des partenaires chinois. Un pas décisif vers la transformation de la filière coton-textile-habillement, au cœur des ambitions de transformation structurelle du Plan National de Développement (PND 2026-2030).

Un accord signé au cœur de la capitale mondiale du textile

L’accord-cadre a été paraphé en marge de la Foire InterTextile de Shanghai entre le Conseil Coton Anacarde Karité (CCAK) et le Sous-Comité Industrie Textile du Conseil Chinois pour la Promotion de l’Industrie et du Commerce (CCPIT-TEX). Les signataires étaient Mamadou Berté, directeur général du CCAK, et Lang Penggcheng, vice-président exécutif du CCPIT-TEX.

La cérémonie s’est déroulée en présence de Jérôme Kouassi Ehui, président du conseil d’administration du CCAK, de Solange Amichia, directrice générale du Centre de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI), et de l’ambassadeur Abou Dosso. La délégation chinoise était conduite par Xu Yingxi, président du CCPIT-TEX.

Cette alliance stratégique a été activement facilitée par le Tony Blair Institute for Global Change (TBI), confirmant son rôle de partenaire-conseil de premier plan dans l’accélération industrielle du pays.

L’histoire d’une industrie autrefois florissante

L’industrie textile ivoirienne a connu ses heures de gloire. Dès 1921, Robert Gonfreville créait à Bouaké la première usine de filature-tissage d’Afrique noire francophone, qui devint rapidement un fleuron sous le nom d’Établissements Gonfreville. Après l’indépendance, le secteur s’est consolidé avec l’implantation de grands complexes : UTEXI à Dimbokro et COTIVO à Agboville. Dans les années 1970, ces usines employaient des milliers de personnes et transformaient une part significative de la production nationale de coton. L’industrie textile était alors l’un des principaux employeurs industriels et un moteur de l’économie ivoirienne.

Les causes d’un déclin structurel

À partir des années 1980 et surtout des années 1990, le secteur a été durement touché. La déferlante des textiles asiatiques à bas prix, la libéralisation sauvage des importations, les difficultés de compétitivité énergétique et les restructurations imposées par les programmes d’ajustement structurel (PAS) ont affaibli les usines.

La crise militaro-politique des années 2000 a porté le coup de grâce : sites pillés, chaînes de production interrompues, investissements gelés. Aujourd’hui, seules quelques rares unités fonctionnent à un rythme très réduit, condamnant la quasi-totalité du coton ivoirien à l’exportation sans valeur ajoutée.

Radiographie actuelle : un manque à gagner colossal

La Côte d’Ivoire reste un producteur de premier plan en Afrique de l’Ouest, mais le taux de transformation locale de la fibre stagne autour de 10 000 balles par an. De 90 à 95 % de la production est exportée brute, principalement vers l’Asie. La capacité installée de filature-tissage, estimée entre 26 000 et 38 000 tonnes par an, demeure largement sous-utilisée. Le secteur contribue encore modestement au PIB industriel national, alors que la production agricole de coton reste le pilier économique vital pour des centaines de milliers de cultivateurs du Nord et du Centre du pays.

L’ambition 2026-2030 : moderniser et intégrer le tissu local

Dans le cadre du PND 2026-2030, le gouvernement ivoirien affiche une volonté claire : franchir un cap historique dans le taux de transformation, développer un tissu industriel local compétitif et générer des dizaines de milliers d’emplois.

L’accord signé à Shanghai s’inscrit précisément dans cette vision. Il prévoit :

-L’accroissement direct des échanges commerciaux.
-Le transfert de technologies de pointe et de savoir-faire.
-La formation continue des acteurs locaux.
-L’attraction d’investissements chinois structurants pour bâtir des usines modernes.

Au-delà des grands complexes industriels, cette dynamique se veut inclusive. Conformément aux orientations du Comité de Concertation État-Secteur Privé (CCESP), les Petites et Moyennes Entreprises (PME) ainsi que les artisans locaux — notamment les tisseurs de pagnes traditionnels et les créateurs de mode — seront intégrés à la chaîne de valeur, garantissant des retombées directes sur l’économie locale.

Une étape clé pour l’émergence industrielle

En s’associant à l’un des leaders mondiaux de l’industrie textile, la Côte d’Ivoire active un levier de croissance majeur. Si ces engagements se traduisent par des investissements industriels concrets sur le terrain, le pays pourra retenir la richesse de son coton, offrir des perspectives d’avenir à sa jeunesse et consolider durablement sa position de hub économique en Afrique de l’Ouest.

Soro Fougnigue Zakaria
Analyste politique