Pour une raison ou pour une autre, Alassane Ouattara s’est toujours entouré de hauts fonctionnaires ou de spécialistes dans un domaine particulier, ceux qu’on a coutume d’appeler technocrates.
Issu du du grec tekhnê, l’art ou la technique, et kratos, le pouvoir, le terme est couramment défini comme un « expert ou un haut fonctionnaire ou spécialiste qui accède au pouvoir ou exerce une influence politique en s’appuyant sur ses compétences techniques. ». Etant caractérisé par ses compétences techniques et administratives, sa nomination relève de son expertise plutôt que sur un mandat électoral direct. Sous ce rapport, ses décisions sont fondées sur la rationalité économique et technique.
Si le terme revêt une vision positive faisant allusion au « gestionnaire rationnel et compétent, garant de l’efficacité et de l’intérêt général au-dessus des idéologies partisanes Bien que le terme ait généralement une connotation péjorative, », une caractéristique lui est attachée qualifiant celui qui est ainsi nommé de « bureaucrate privilégiant les chiffres, les règlements et la rentabilité au détriment de l’humain et du débat démocratique ».

Ceci étant, recruter ou s’entourer de technocrates revêt plusieurs avantages stratégiques.
D’abord, il faut dire que ce qui caractérise les technocrates, c’est qu’ils basent leurs décisions sur des données scientifiques, économiques et factuelles, minimisant ainsi les décisions basées sur leurs émotions.
Ensuite, même si leur manque de proximité sociale ou d’habiletés politiques doit constamment être surveillée et être contrebalancé, il faut ajouter que travailler avec des experts de cette trempe permet de diriger des projets complexes avec une approche rationnelle et factuelle, leur expertise garantissant une gestion rigoureuse, idéale pour accélérer les réformes stratégiques,
Enfin, le plus souvent non-affiliés à des formations politiques, les technocrates sont perçus comme des garants de la continuité de l’État ou des affaires de l’entreprise, justement pour leur neutralité. C’est encore pour leur position d’impartialité qu’on les préfère dans les programmes et projets internationaux.
Pour ce qui est du Président Alassane Ouattara, il s’est toujours entouré de technocrates, même depuis qu’il a été choisi pour devenir Premier Ministre, en 1990.
Ayant été appelé dans le contexte d’une Côte d’Ivoire en cessation de paiement, il avait la lourde tâche de contribuer un gouvernement composé de hauts fonctionnaires ou professionnels capables de piloter la stabilisation économique.
Lorsqu’il devint Président de la République, un peu plus de décennies plus tard, il ne changea pas de cap. Pourquoi changer une recette qui a fonctionné par le passé ?
Le nouveau gouvernement de Beugré Mambé qualifié de gouvernement Beugré Mambé II, dévoilé le 23 janvier 2026, comme ceux l’ayant précédé, fait la part belle aux figures issues de la société civile et aux experts du secteur privé, notamment de grandes régies financières, couramment qualifiés de technocrates.
Parmi les profils les plus marquants, plusieurs figures se distinguent par leur expertise sectorielle, en vue d’accélérer les projets de développement.
C’est, par exemple, le cas de Hien Yacouba Sié (Ministre des Infrastructures et de l’Entretien routier) et ancien Directeur Général du Port Autonome d’Abidjan.
C’est également les cas de Abou Bamba (Ministre de l’Environnement et de la Transition écologique) : Ancien coordonnateur de la Convention d’Abidjan et de Jean-Louis Moulot (Ministre délégué auprès du ministre de l’Éducation nationale) : Maire de Grand-Bassam et ancien Directeur Général de la SODECI.
C’est, enfin, l’exemple de Françoise Remarck, ministre de la culture et de la francophonie, qui est issue du secteur productif et associatif.
Pour finir, il faut dire que le Président Alassane Ouattara, étant lui-même technocrate, issu de l’une des plus prestigieuses universités américaines, U-PENN, aux Etats-Unis, s’est toujours fait fort de prendre comme collaborateurs de hauts fonctionnaires, experts dans leur domaine de compétences, quitte à réduire la voilure de son gouvernement, pour implémenter sa vision et impulser le développement.
OUSSOU Kouamé Rémi
Enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara-Bouaké
Expert en développement professionnel
Expert analyste socio-économique et politique
