Derrière “Gbéléban, la coquette” se trouve l’engagement d’une femme

Oui. Et c’est là que les gens se trompent.
Quand les visiteurs arrivent à Gbéléban, ils voient les rues balayées, les caniveaux curés, les devantures peintes. Ils disent : “Quelle jolie petite ville ! Quelle commune coquette !”
Ils pensent que c’est de l’urbanisme. Ils pensent que c’est le budget de la mairie.
Mais non!
“Gbéléban, la coquette”, c’est le maquillage d’une douleur.
Derrière chaque rue propre, il y a une femme qui s’est levée à 5h du matin.


Elle n’a pas balayé parce que le maire lui a demandé. Elle a balayé parce qu’une femme lui a dit : “Si tu ne respectes pas ta ville, qui va respecter ton travail ?”
Cette femme, c’est Sita Ouattara.
Ce n’est pas une opération de quelques jours, comme cela se voit ailleurs. C’est une thérapie.
Il faut comprendre ce qu’était Gbéléban avant.
Une commune oubliée. La plus petite du Kabadougou. Pas de route. Pas d’eau courante partout. Pas d’emplois. Les hommes partaient. Les femmes restaient et attendaient.
Une ville qui ne s’aime plus se salit toute seule. Quand on pense qu’on ne vaut rien, on laisse les ordures devant sa porte.
Sita Ouattara n’a pas commencé par parler de développement. Elle a commencé par parler de miroir.
Elle a dit aux femmes : “Regardez-vous. Vous êtes belles. Vos enfants sont beaux. Pourquoi votre ville serait laide ?”
Le premier samedi “Gbéléban, la Coquette”, elle n’a pas amené de tracteur. Elle a amené son propre balai de sa maison. Elle a balayé devant la mairie.
Les vieilles du village ont eu honte. “Le maire lui-même qui balaie ?” Le lendemain, toutes les femmes ont pris leur balai.
En Afrique, quand la mère balaie, la maison ne peut pas rester sale.
Coquette n’est pas un mot féminin. C’est un mot politique.
Dans la bouche d’un urbaniste d’Abidjan, “coquette” veut dire “jolie, mignonne”.
Dans la bouche de Sita Ouattara, “coquette” veut dire 3 choses très sérieuses :

  1. Coquette = Digne. “On peut être pauvre, mais on ne doit pas être sale.” C’est le message anti-assistanat. Elle ne leur a pas donné de l’argent pour nettoyer. Elle leur a redonné la fierté de nettoyer.
  2. Coquette = Organisée. Une ville coquette, c’est une ville où chaque chose est à sa place. Le sachet dans la poubelle. Le cahier de comptes à jour. L’enfant à l’école. La coquetterie extérieure a créé la rigueur intérieure. Une femme qui balaie sa rue chaque samedi finit par compter son argent chaque soir.
  3. Coquette = Attractive. Elle l’a compris avant tout le monde : aucun investisseur ne vient dans une ville qui sent les ordures. Aucun cadre de la diaspora ne revient construire dans un village sale. La propreté est la première infrastructure économique. Avant la route, il y a le balai.
    Alors qui est cette femme derrière le balai ?
    Ce n’est pas une politicienne qui veut une photo. C’est une mère qui a vu que ses enfants avaient honte de dire “je viens de Gbéléban”, et qui a décidé que plus jamais un enfant de Gbéléban n’aurait honte de son village.
    Elle a compris ce que le Président Alassane Ouattara dit depuis 15 ans : “Le vrai développement, c’est le changement de mentalité.”
    Beaucoup récitent la phrase. Elle, elle l’a mise dans un balai.
    Voilà l’engagement de Hadja Sita Ouattara!
    Elle n’a pas nettoyé les rues. Elle a nettoyé le désespoir. Et c’est pour ça que les autres communes balayent une fois pour la caméra. À Gbéléban, on balaie même quand il n’y a pas de caméra, parce que ce n’est plus l’ordre d’un maire. C’est devenu l’habitude d’une mère.