Côte d’Ivoire : 1,5 million de talents oubliésLe plaidoyer du Dr Oussou Kouamé Rémi pour une insertion professionnelle durable des personnes en situation de handicap

En Côte d’Ivoire, on parle beaucoup d’insertion des jeunes et des femmes, et de leur autonomisation. C’est légitime. Mais qui parle vraiment, avec force et constance, des personnes en situation de handicap ?

Pourtant, les chiffres sont éloquents. Selon le RGPH 2021, le pays compte environ 500 000 personnes en situation de handicap. Certaines organisations, comme le FAPH-CI et la FAHCI, estiment ce chiffre à plus de 1,5 million. Un vivier de compétences immense, trop souvent laissé au bord du chemin.

C’est ce silence et ce gâchis que le Dr Oussou Kouamé Rémi, enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké, spécialiste de la formation, du développement du capital humain, de l’emploi et de l’employabilité, a décidé de briser.

Formé grâce à la bourse Hubert H. Humphrey aux États-Unis, puis au Japon et aux Nations unies, et lui-même porteur d’une déficience physique, le Dr Oussou porte aujourd’hui un plaidoyer clair, exigeant et profondément humain : embaucher une personne en situation de handicap n’est ni une faveur ni de la charité. C’est faire le choix d’un talent.

Une longue histoire d’avancées, accélérée sous le leadership du Président Alassane Ouattara

L’insertion professionnelle des personnes handicapées en Côte d’Ivoire n’est pas née hier. Dès les années 1970, des pionniers créent les premières associations. En 1978, la FAHCI voit le jour. Ces mobilisations aboutissent, le 10 novembre 1998, à la loi d’orientation n°98-594, texte fondateur qui ouvre la voie aux recrutements dérogatoires dans la Fonction publique.

Mais c’est réellement depuis 2011, sous le leadership du Président Alassane Ouattara, que la politique d’insertion a connu un tournant majeur. Dès le 7 octobre 2011, dans sa Déclaration de Politique d’Emploi, le Chef de l’État affirmait :
« Nous devons lever les obstacles, nous attaquer aux poches de vulnérabilité pour répondre aux besoins d’emploi des groupes discriminés ou marginalisés… tels que les femmes, les jeunes déscolarisés, les personnes handicapées… »

Là où il y avait auparavant de l’incertitude et des interruptions, le Président a instauré une politique stable, continue et prévisible. À partir de 2015, un quota annuel d’environ 200 recrutements a été systématisé. Résultat : entre 2015 et 2025, 2 507 personnes en situation de handicap ont été intégrées dans la Fonction publique, soit trois fois plus que les 794 recrutements réalisés entre 1997 et 2011.

Cette volonté politique s’est poursuivie et renforcée sous le gouvernement actuel. Lors de la Journée internationale des personnes handicapées, le 13 décembre 2025 à Abobo, le Ministre de l’Emploi, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle, Maître Adama Kamara, a rappelé ces avancées historiques et annoncé l’accélération du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes en Situation de Handicap (FIPPSH). Créé par décret en 2023 et opérationnel depuis 2024, ce Fonds est appelé à soutenir concrètement le secteur privé dans le recrutement, la formation et l’intégration durable de milliers de personnes handicapées dès 2026. Le Ministre a également procédé à la remise de plus de 1 000 fauteuils roulants et d’équipements orthopédiques.

Le décret n°2018-456 du 9 mai 2018 avait déjà posé le cadre pour le privé :

  • au moins 1 personne handicapée pour les entreprises de 1 à 100 travailleurs ;
  • 2 % de l’effectif au-delà de 100 travailleurs.

La réalité du terrain : un fossé qui demeure

Malgré ces progrès indéniables, le 5 mai 2026, lors de la tribune « Tout Savoir Sur », le président du FIPPSH, Ibrahim Konaté, a livré un chiffre sans appel : sur 975 000 travailleurs déclarés dans le secteur formel, seulement 6 500 sont des personnes en situation de handicap. Soit 0,7 % des effectifs.

Nous sommes encore très loin des 2 % exigés par la loi. La grande majorité des entreprises ne respectent toujours pas le quota. Les contributions compensatoires au FIPPSH arrivent encore trop souvent au compte-gouttes.

Derrière ces chiffres, il y a des vies. Des diplômés qui postulent sans réponse. Des talents qui se heurtent aux préjugés et à l’inertie. Des femmes et des hommes qui veulent simplement travailler et contribuer.

Le plaidoyer du Dr Oussou Kouamé Rémi

Face à cette réalité, le Dr Oussou refuse la résignation. Son message s’adresse à trois acteurs :

  1. Aux entreprises
    Le FIPPSH est votre allié. Il finance l’aménagement des postes et l’accessibilité. Respecter le quota de 2 %, ce n’est pas une charge : c’est une richesse et une obligation légale. Le Dr Oussou appelle les dirigeants à transformer cette obligation en opportunité de performance et de diversité.
  2. À l’État, et particulièrement au Ministre Adama Kamara
    Les textes existent. Les institutions existent. Les avancées sous le leadership du Président Ouattara et sous votre impulsion, Monsieur le Ministre, sont réelles et saluées. Il faut maintenant intensifier le contrôle de l’application de la loi, accélérer le déploiement effectif du FIPPSH et renforcer l’accompagnement vers l’auto-emploi. Beaucoup de personnes handicapées veulent entreprendre. Le Dr Oussou se tient prêt à mettre son expertise au service de cette dynamique.
  3. À toute la société
    Changeons notre regard. Le handicap n’est pas une incapacité. C’est une autre manière de faire, avec la même volonté de réussir.

À travers ce combat, le Dr Oussou Kouamé Rémi n’agit pas en politicien. Il agit en intellectuel engagé, en expert de l’employabilité et en citoyen qui a lui-même connu le parcours du combattant. Il rappelle une évidence : le développement d’un pays ne se mesure pas seulement à la croissance économique, mais à sa capacité à ne laisser personne de côté.

C’est le moment de passer des textes à l’action, en s’appuyant sur les acquis du Président Alassane Ouattara et sur l’engagement du Ministre Adama Kamara, pour que ces 1,5 million de talents deviennent enfin une force pour la Côte d’Ivoire.

Comme l’a si justement rappelé le Président Alassane Ouattara :
« Rien n’est impossible pour un peuple uni. Rien n’est hors de portée pour une Côte d’Ivoire unie, qui croit en elle. »

Soro Fougnigué Zakaria
Analyste politique