Pourquoi la mise en place du nouvel organe électoral ivoirien fait-elle l’objet de toutes les crispations?

En Côte d’Ivoire, c’est le dossier le plus sensible depuis le 6 mai 2026, date de la dissolution de la CEI – Commission Électorale Indépendante.

Voici pourquoi ça crispe :

  1. Le souvenir de la CEI
    Créée en 2001 comme avancée démocratique, la CEI a fini par être accusée par l’opposition et la société civile de partialité à chaque scrutin. Sa dissolution a été présentée par le gouvernement comme une réponse à “des réserves et critiques”, mais elle ouvre un vide juridique total.
  2. Deux architectures qui s’opposent*
  • Le projet du gouvernement* présenté le 22 juin par le Premier Ministre Robert Beugré Mambé : remplacer la CEI par *3 organes distincts :
    • Organisation matérielle des élections
    • Recensement et centralisation des voix
    • Supervision et contentieux
      Objectif affiché : séparer les pouvoirs pour éviter la concentration et restaurer la confiance. Cela nécessitera une révision de la Constitution.
  • Le projet de l’opposition* déposé le 5 octobre au Ministre de l’Intérieur Vagondo Diomandé :
    2 organes* seulement :
    • Un organe électoral indépendant, neutre, composé d’experts recrutés sur appel à candidatures, SANS représentants des partis, du gouvernement et des pouvoirs publics
    • Un organe d’observation/surveillance où siégeraient les parties prenantes.
  1. L’opposition elle-même est divisée*
  • La proposition commune du 5 octobre réunit FPI, CAP-CI, ADCI, Cojep, MGC de Simone Gbagbo, mais le PPA-CI de Laurent Gbagbo n’a pas signé pour raisons de procédure, car il ne veut pas exclure les partis.
  • Le PDCI-RDA de Tidjane Thiam a choisi de déposer seul ses propositions le 28 septembre.
    Au fond, la crispation vient de l’histoire : chaque élection contestée renvoie à la crise post-électorale de 2010-2011 (3000 morts). Tout le monde sait que l’organe qui comptera les voix aura le pouvoir de dire qui a gagné. D’où la bataille sur : faut-il des experts neutres ou des représentants politiques pour se surveiller mutuellement?
    Le gouvernement doit maintenant arbitrer entre toutes ces propositions.

Oussou Kouamé Rémi
Enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara-Bouaké
Expert en développement professionnel
Analyste socio-économique et politique