Opération Épervier Spécial en Côte d’Ivoire : quels enjeux ?

C’est une opération du Conseil National de Sécurité lancée le 7 septembre 2026 pour 90 jours, avec 1 320 éléments Police + Gendarmerie concentrés sur Bouaké, Daloa, Korhogo, puis étendue vers le sud (Jacqueville/Toupah).

Elle a 4 enjeux majeurs qui s’entremêlent :

  1. Enjeu sanitaire – Les médicaments de la rue
    C’est le cœur officiel. La Côte d’Ivoire est envahie de MQIF (Médicaments de Qualité Inférieure et Falsifiés) venus d’Asie via le Nigéria et le Ghana. Les “gbanis” à Adjamé, les marchés de Bouaké. En 9 jours seulement (7-16 sept), 183 tonnes saisies selon le communiqué du CNS. L’État veut couper une filière qui tue et qui détourne aussi les médicaments du public (CAMEG).
  2. Enjeu sécuritaire – Fumoirs et enfants en conflit avec la loi
    56 fumoirs détruits et brûlés, 3 personnes interpellées à Toupah avec 29 blocs de cannabis. Le CNS annonce aussi 180 enfants en conflit avec la loi interpellés et confiés à la CCSR pour réinsertion. L’objectif : nettoyer les zones qui alimentent les vols à l’arraché, les agressions à Daloa et Bouaké.
  3. Enjeu économique – L’orpaillage illégal
    C’est la nouveauté de ce CNS du 17 septembre. Épervier Spécial est présenté comme le bras armé contre les sites d’orpaillage qui polluent les fleuves (Bandama, Sassandra) au mercure. Décisions prises en même temps :
  • moratoire de 6 mois sur toute nouvelle autorisation d’exploitation minière semi-industrielle et artisanale
  • nouvelle loi pour punir la complicité financière (celui qui finance l’orpaillage = co-auteur)
  • augmentation des effectifs du Groupement Spécial de Lutte contre l’Orpaillage Illégal
  1. Enjeu politique et de gouvernance
    C’est là où ça se complique à Daloa et Bouaké :
  • Côté pouvoir : montrer l’État fort après la présidentielle, sécuriser le Centre et le Nord, rassurer les investisseurs. Le Président a félicité publiquement les forces de défense et de sécurité.
  • Côté population: appréciation mitigée. Les commerçants se plaignent des saisies massives d’engins (3 500 motos en 9 jours pour défaut de casque/plaque). Et surtout, la rumeur qui tourne à Daloa : des personnes interpellées pour médicaments ou drogue seraient libérées contre paiement sur place, sans jamais voir le procureur. Aucun démenti officiel à ce stade, mais c’est ce qui alimente la méfiance.
  • Risque de bavure : 180 mineurs interpellés, 196 adultes envoyés au parquet – les ONG des droits de l’homme demandent transparence sur les procédures.
    En résumé, l’opération veut frapper fort sur 3 trafics (médicaments, drogue, or) en même temps, mais son succès se jouera sur la suite judiciaire. Si les saisies finissent incinérées et les dossiers jugés, c’est une victoire de santé publique. Si ça s’arrête à la saisie d’engins et à des libérations monnayées, elle sera perçue comme une opération de racket.