Abidjan dit non au Deportation Project de Trump : quelles incidences sur les relations diplomatiques entre la Côte d’Ivoire et les USA ?

Abidjan a dit, en effet, NON. Et ce n’est pas anodin.
Selon l’enquête “The Deportation Project” publiée le 21 septembre par 26 médias coordonnés par Forbidden Stories (Washington Post, France 24, RFI), l’administration Trump 2 a démarché 49 pays africains sur 54 pour accueillir des expulsés qui ne sont pas leurs ressortissants.
À la mi-juin 2025, Christian Ehrhardt, du Bureau de la Remigration du Département d’État, a fait escale à Abidjan pour convaincre le gouvernement. Il est reparti les mains vides. La Côte d’Ivoire a opposé une fin de non-recevoir, invoquant sa souveraineté nationale.
Le Liberia voisin, lui, a accepté jusqu’à 1 200 personnes en un an contre compensation financière. Premier vol arrivé à Monrovia le 20 août.

Quelles incidences sur les relations Abidjan-Washington?

  1. Pas de rupture, mais un froid assumé
    Abidjan fait partie du groupe des pays qui refusent de “monnayer leur souveraineté contre des compensations financières américaines”.
    Washington a promis au moins 410 millions de dollars au total, dont 81 millions versés directement à 13 gouvernements. Dire non, c’est refuser le chèque.
  2. Les leviers de pression possibles des USA :
  • Visas et immigration : durcissement pour les Ivoiriens (délais, refus). C’est déjà le cas depuis janvier 2025 où on parlait d’expulsion d’un millier de migrants ivoiriens.
  • AGOA / Commerce : la Côte d’Ivoire exporte cacao, anacarde. Trump avait déjà imposé de nouvelles taxes en avril 2025. L’AGOA est le premier levier.
  • Aide et sécurité : une partie de l’aide transite par OIM et HCR. Abidjan pourrait voir ses programmes moins prioritaires que les pays qui ont dit oui.
  1. Pourquoi Abidjan peut se le permettre :
  • La Côte d’Ivoire n’est pas dépendante à 100% des USA. Ses partenaires principaux sont France, UE, Banque Mondiale, Chine.
  • Image de puissance régionale : refuser renforce le leadership d’Abidjan qui refuse de devenir “la variable d’ajustement des politiques migratoires occidentales”, alors que le Liberia accepte.
  • Argument juridique : les ONG dénoncent le “flou juridique” de ces transferts où des personnes sans attache se retrouvent livrées à elles-mêmes. Abidjan se pose en défenseur du droit.
    En clair, les relations demeurent intactes sur le plan officiel, mais Abidjan perd le bonus “bon élève” qui va avec les 81 millions. C’est un pari : préserver la souveraineté et l’image panafricaine quitte à avoir moins de faveurs à Washington jusqu’en 2028.